RDC- Ouganda: Paradoxe Shujaa, le M23 se ravitaille en Ouganda via la douane de Bunagana, quand l’ADF continue de massacrer

Le 16 novembre 2021, trois kamikazes avaient déroulé leurs gilets à Kampala, deux près du parlement et un près du siège de la police. Au moins quatre personnes ont été tuées et 37 blessées dans les explosions.

Dans la foulée de ces événements, le président Yoweri Museveni avait déclaré que « les terroristes nous ont invités et nous venons les chercher ». Le 30 novembre 2021 , les armées ougandaise et congolaise lancent des frappes aériennes et d’artillerie conjointes contre des sois disant  camps ADF. Cette collaboration entre les Forces de défense du peuple ougandais (UPDF) et les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) avait été ensuite formalisée dans un accord de défense et de sécurité le 9 décembre 2021. L’opération militaire conjointe a été baptisée « Shujaa ».

Depuis lors, pratiquement aucune information n’a émergé sur l’opération, les deux armées restant discrètes. Le peu qui a transpiré a été des éloges sans critique. En mars 2022, par exemple, le président Museveni avait qualifié l’opération Shujaa de « succès total » et avait même déclaré que l’UPDF avait « démoli les terroristes ». Le mois suivant, Muhoozi Kainerugaba, commandant des forces terrestres et fils de Museveni, avait tweeté que « les forces conjointes UPDF-FARDC de « l’opération Shujaa » avaient complètement retiré les ADF des bases qu’elles occupaient depuis plus de 22 ans ».

Ce triomphalisme correspond-il à la réalité ? Et y a-t-il plus dans l’opération et les motivations qui la sous-tendent qu’il n’y paraît ?

Comme l’a noté un analyste militaire qui a demandé à garder l’anonymat, « l’ironie est que les attaques se sont rapprochées de la frontière ougandaise plus que nous ne l’avons vu au cours de la dernière décennie. Les ADF reculent vers les positions où elles ont lancé des attaques le long de la frontière. Les opérations pourraient rendre l’Ouganda moins sûr, bien qu’il reste à voir si ces emplacements seront utilisés pour attaquer l’Ouganda. Pour l’instant, les attaques visent des civils congolais.

Les données détaillées du Kivu Security Tracker font écho à cette tendance préoccupante. Ils ont enregistré 119 attaques ADF en mars 2022, contre une moyenne de 95 par mois au cours des huit mois précédant le début de l’opération Shujaa en novembre 2021.

A chacun ses rebelles ?

Les opérations militaires conjointes FARDC-UPDF qui est censée sécuriser les deux frontières semblent non seulement peine à vaincre les ADF, mais le voisin ougandais semble encore soutenir les rebelles M23.

Après la chute de Bunagana plusieurs sources avaient déjà pointé du doigt le rôle ambiguë de l’Ouganda. Des sources militaires avaient parlé d’une attaque M23 orchestrée depuis la frontière ougandaise. Malgré la démentie des autorités ougandaises, aujourd’hui encore, plusieurs sources en provenance de l’Ouganda affirment que le M23 se ravitaille en vivres et autres biens en provenance de l’Ouganda via la douane de Bunagana.

L’attitude de Museveni dans la question du M23 devrait interpeller le pouvoir de Kinshasa qui s’est focalisé uniquement sur le Rwanda qui visiblement est en intelligence avec l’Ouganda.

Jusqu’à présent les rebelles transfrontaliers du M23 sont visibles à Bunagana, Tchengerero, Kinyangurube, Bugusa, Chanzy, Runyoni, Gitovu et Rutsiro.

Globalement, le M23 contrôle une grande partie du groupement Booba, une petite partie des groupements Bweza, Kisigari et quelques localités dans le groupement Busanza le long de la frontière Rwando-ougando-Congolaise.

Comment expliqué qu’en dépit d’une coopération conjointe entre la RDC et son voisin, l’Ouganda continue de soutenir le M23? A quoi sert l’opération Shujaa, outre la sécurisation d’un future pipeline pour l’exploitation du pétrole du Lac Albert.

Aime MUKANDA

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